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Interview de
Patrick Lafarge
Politologue
15 juin 2012 - Patrick Lafarge, politologue, fait le point sur le premier tour des élections législatives et détaille les faits les plus marquants ainsi que les enjeux de cette élection d'un point de vue géographique.
 

« Ce redécoupage a été fait en dehors de toute moralité »

Après le premier tour des législatives, quels sont pour vous les faits marquants d'un point de vue socio-électoral ?

On a une impression très bizarre dans cette élection. La première chose qui frappe, c'est le taux d'abstention. La deuxième, c'est que le Front national a fait un score beaucoup plus haut que certains pouvaient le penser. Ce score est national et n'est plus régional. En début de semaine, j'avais un débat sur France 3 Nice sur le thème suivant : « comment se fait-il que le Front national qui est haut dans les Alpes-Maritimes, ait du mal à progresser et sans le faire au détriment de l'UMP ? ». L'UMP détient un socle tel qu’il est quasi-certain que les sièges des Alpes-Maritimes vont tous rester à l'UMP. On a donc par rapport au Front national une extension sur la partie ouest qu'on avait vue à la présidentielle et qui persiste sur une sociologie qui n'est pas du tout habituelle.

 

Habituellement, on disait que le Front national, c'est la Méditerranée parce qu'il y a beaucoup de retraités et des anciens d'Afrique du Nord qui sont présents. Puis, on remonte le Rhône jusqu'en Lorraine parce qu'il y a une forte immigration, des personnes d'origine italienne ou portugaise. C'est un des ressorts dont on parle peu mais qui existe : les communautés qui se sont intégrées antérieurement ont subi des épreuves, en ont pris plein la figure parce la réaction de nos bons Gaulois n'a pas toujours été simple. On se rappelle des mineurs polonais expulsés à la sortie de la guerre sous des sifflets. On peut également ajouter l'Île-de-France et le Nord-Pas-de-Calais. L'Île-de-France donne un score très faible au Front national pour les législatives, comme à la présidentielle. L'ouest de la France, c'est-à-dire le grand ouest qui va de Saint-Brieuc à Bordeaux, était théoriquement une terre inconnue pour le Front national. Mais aujourd'hui, on a la persistance qu'on a eue à la présidentielle. C'est à croire que dans le suffrage exprimé, on a une relative reproduction du vote de la présidentielle. Quand j'ai préparé les élections législatives de 2012 en analysant celles de 2007, quand on met en parallèle, circonscription par circonscription, les scores de la présidentielle et le score des législatives qui se suivent, on a un écart moyen de plus ou moins, 2,5 points.

 

C'est la nationalisation du vote du Front national qui sabre les frontières aux présidentielles et aux législatives. Pour la première partie de Marine Le Pen, on peut dire qu'elle est gagnante. C'est un nouveau produit qui est là pour un certain temps. Elle a une équipe renouvelée ; on y voit des gens qui sont autonomes à la télévision alors qu'avant il n'y avait que Jean-Marie Le Pen. Il y aussi une autonomie dans une région où il y a du renouvellement et on a la répercussion dans certaines zones où la déperdition d'un pourcentage de voix du Front national est beaucoup plus faible qu'on le pensait. C'est lié aux personnalités. On a un Front national qui parvient à percer. C'est la même chose dans l'Hérault, dans le Gard, dans les Bouches-du-Rhône et ça bloque étonnement dans le Var, les Alpes-Maritimes où là, le système de défense UMP a un transfert majoritaire des électeurs UMP vers le FN qui est très efficace. On voit un Front national menacer les UMP. Bruno Gollnisch dans le Var ne fait pas la performance qu'on attendait alors que dans le Vaucluse, le Front national explose les compteurs.

 

Deuxième élément qui m'a frappé, venu par ricochet : la grosse claque du Front de gauche et du Parti communiste. On a l'habitude que le Parti communiste soit sauvé avec ce genre d'élections. C'était vrai en 1988. Et en 2007, il suivait le score absolument microscopique de Marie-George Buffet. Là, on suivait un score haut, décevant mais haut par rapport au candidat du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon. Dimanche dernier, on a vu tomber, au fur et à mesure, des têtes connues et respectées du Parti communiste. Elles sont tombées car doublées par des candidats socialistes. On a vu tomber la tête de Roland Muzeau dans les Hauts-de-Seine à Gennevilliers. On a vu aussi, à la surprise générale, tomber celle de Patrick Braouezec qui est l'ancien maire de Saint-Denis, une personnalité très forte et respectée. Il y a également Pierre Gosnat, le député maire sortant d'Ivry et quelques autres encore. C'est une stupeur. L'élément nouveau, c'est qu'à chaque fois, ils sont tombés face à des jeunes candidats socialistes relativement inconnus qui sont arrivés dans des circonscriptions ancrées à gauche. Ces jeunes ont arboré, sans gêne, sans problème, et pas toujours avec le soutien du Parti socialiste local, la majorité présidentielle et François Hollande face à des notables qui étaient en place et n'ont rien vu venir. Cela pose un vrai problème parce que le Parti communiste se retrouve déstabilisé dans sa première zone d'influence qui est la région parisienne et sur la petite couronne. C'est un véritable problème. On rajoute Jean-Pierre Brard à Montreuil qui arrive à faire de la résistance dans la ville de Montreuil où est Dominique Voynet qui l'a battu et se fait décapiter dans la ville qui est juste à côté de Bagnolet, qui est pourtant encore un siège communiste.

 

Tout cela pose un problème de fond parce que le Parti communiste fonctionne par rapport à sa vie municipale. L'accélérateur municipal fonctionnait antérieurement avec la légitimité municipale. Là, quelque chose s’est déréglé. On l'a rapidement mis en rapport avec ce qu'on a vu au premier tour : un dysfonctionnement de la campagne de Jean-Luc Mélenchon 15 jours avec le premier tour de la campagne présidentielle et 15 jours avant des législatives. Pour ceux qui ne comprendraient pas, je leur conseille de regarder, sur France 3 Pas-de-Calais et sur la Chaîne Parlementaire, le débat avec tous les candidats. C'est sidérant de voir la manière dont Jean-Luc Mélenchon devient mauvais et comment il met un genou à terre face à Marine Le Pen.

 

Il y a un dysfonctionnement qui va poser problème sur le long terme. Le Front national persiste avec du ressort et celui du Parti communiste va poser problème parce qu'il n'y aura pas d'élection en 2013. En 2014 et 2015, on aura des élections qui seront, en théorie, exclusivement à la proportionnelle et ça change la donne. Que ce soit les régionales, les cantonales revues et corrigées où ils mettront une dose de proportionnelle, ou les municipales avec les communautés de communes, il y aura de la proportionnelle. Ce ne sera pas les mêmes règles du tout. Aux municipales, c'est 10% des suffrages exprimés pour être présent au deuxième tour et pas 12,5% des inscrits.

Pour le Parti socialiste, ressent-on la dynamique de François Hollande pendant la campagne présidentielle ?

Ce n'est pas une dynamique présidentielle. En réalité, François Hollande a de bonnes équipes de communication qui ont joué sur la volonté de renouvellement. Du côté de l'UMP, on a le refus de la parité, le refus du renouvellement : c'est une faute professionnelle. Avec Marine Le Pen il y a également du renouvellement et des jeunes.

 

D'après les éléments concernant la chute des mastodontes communistes, à chaque fois, c'est des jeunes qui prennent la place. On voit des « jeunes museaux » qui sortent, qui ont parfois la quarantaine et c'est une des raisons du succès et de la vitalité du Parti socialiste. Par opposition à la droite et au Parti communiste, le Parti socialiste arrive à faire entrer de nouvelles générations en poussant vers la sortie un certain nombre de gens : ça donne de l'air à ceux qui arrivent derrière en leur permettant, même en forçant un peu, d'arriver jusqu'aux investitures mais ça permet de faire entrer des gens de toutes origines et équilibrer au niveau des sexes. Tout cela permet aussi de faire rentrer des gens qui n'ont pas d'expérience d'élus mais qui sont en première ligne comme le Parti socialiste l'a fait avec les candidats Verts. C'était extrêmement risqué. J'attends de voir l'étendue des dégâts parce qu'ils ont donné 64 circonscriptions aux Verts alors que ce n'est pas un parti du tout organisé. Dans les comptes-rendus des investitures, une circonscription de 5000 habitants, s'est terminé par l'investiture, par 25 cotisants des Verts, d'un candidat lambda dont on n'avait pas prévu qu'il soit candidat.

Pour vous, quels sont les points que vous jugez les plus importants au niveau du vote sur la cartographie ?

Il y a deux mouvements divergents qui vont sûrement poser problème à l'UMP. D'un côté, le départ d'un Premier ministre des Pays de la Loire. Ce n'est pas nécessairement bien vécu par les populations. Et au même moment, dans les Pays de la Loire, il y a un effet ciseaux : un Premier ministre arrive, Jean-Marc Ayrault en Loire-Atlantique, avec un joker : Stéphane Le Foll dans la circonscription de François Fillon.

 

Dans la partie ouest, c'est-à-dire la Bretagne, les Pays de la Loire, on voit un glissement permanent avec la quasi-disparition du MoDem. L'électorat rentre un peu plus sur la gauche et ça va faire tomber les derniers fiefs. Dans le Finistère, la circonscription rurale nord de Brest qui n'était pas donnée comme touchable va normalement confirmer la poussée de la gauche. Cela sera validé en Loire-Atlantique puisque même la circonscription de Chateaubriand est en train de vaciller, alors que c'était une terre rurale qui ne bougeait pas. Le choc avec de grosses étincelles a eu lieu dans la Sarthe avec un Premier ministre sortant de droite et un ministre de l'Agriculture PS rentrant. Sur cette partie ouest, de la Bretagne et des Pays de la Loire, ça pousse. Le saut se fait maintenant sur les Pays de la Loire mais dans une continuation de ce que la gauche a commencé en 67 en gagnant les Côtes-d'Armor. On est dans une contamination dans une zone où la droite part en vrille accélérée depuis l'accession de Nicolas Sarkozy.

 

Le 2e élément très fort : l’opposition très étonnante dans le bassin méditerranéen entre d'un côté, un système qui résiste fortement au Front national et qui devrait sortir vivant sur la totalité des circonscriptions (les Alpes-Maritimes et une partie du Var) ; de l'autre,, sur l'autre partie de la Méditerranée (Pyrénées orientales, Hérault, Gard et une partie des Bouches-du-Rhône), l’ UMP ne parvient pas à faire barrage et se retrouve comme dans les Pyrénées orientales dans 4 circonscriptions en grande position de faiblesse. L'UMP arrive même derrière le Front national dans certains cas.

 

En Savoie et Haute-Savoie, ces départements ont fortement contribué au score honorable de Nicolas Sarkozy. La gauche n'y est pas dans une position extraordinaire. Mais, c'est la première fois que je vois cela : en Savoie et Haute Savoie, on a un taux de participation extrêmement faible alors qu'ils ont toujours été considérés comme des gens qui votaient bien. C'est l'étiquette politique. On a voté comme on avait voté Nicolas Sarkozy en Haute-Savoie ou en Alsace. On a voté pour l'étiquette plutôt que pour les gens. C'est une surprise.

 

Quant au reste, le laminage de la droite dans le Midi-Pyrénées n'est pas une surprise. C'est aussi l'agonie dans l'Aquitaine. Mais on est déjà dans une situation où la gauche a ramassé des sièges la dernière fois, en 2007, avec un nombre de chutes à droite absolument impressionnant. Là, on va voir si la droite sauvera un siège en Midi-Pyrénées et un autre en Aquitaine. Les résultats de la présidentielle étaient très nettement favorables à la gauche. C'est le bassin méditerranéen, plus la poussée qui part de la Bretagne jusqu'aux pays de la Loire qui va jouer.

Qu'est-ce que le nombre de triangulaires traduit sur les élections législatives de cette année ?

Au lendemain du deuxième tour de la présidentielle, le FN dépassait les 25% des suffrages exprimés dans 83 circonscriptions. Et il était entre 21 et 24 dans 120 circonscriptions. Quand on a 50% de participation, pour être présent au deuxième tour, il faut un minimum de 24% des suffrages exprimés. Ce qui signifie deux choses : premièrement, Marine Le Pen est à 18 à la présidentielle, on l'annonce à 13 donc c'est moins 5. Il y a une décote de son propre score.

 

Deuxièmement : on a des taux de participation qui se situent au-dessus de 50%. C'est évident au niveau de la moyenne mais les moyennes veulent tout dire et ne rien dire en même temps. Donc les 25 deviennent 26 ou 27 en fonction du taux de participation et d'autre part, il y a une baisse du score du Front national. Le potentiel que je viens donner c'est 80 + 120. Les 120 se dégonflent assez vite et dans les 80, on arrive sur la moitié, ce qui explique ce nombre de triangulaires. Je n'ai pas le détail du nombre de circonscriptions dans lequel ils ont terminé deuxième, mais on sait que dans le Gard, ils ont fait carton plein. Et ça prouve une certaine faiblesse de l'UMP et une porosité dans cette partie. Il y a un manque de leader et ils n'ont pas trouvé la parade face par exemple à l'offensive de la famille Le Pen dans le Vaucluse. Ils n'ont pas de leader dans l'Hérault et dans les Pyrénées-Orientales. C'est la fin de la maison Alduy à Perpignan dont ils n'ont pas réparé les fuites.

 

On traduit la projection de la présidentielle : 82 sièges supérieurs à 25% le soir de la présidentielle avec une barre à 25%, on a une quarantaine de sièges en triangulaires. Ils auraient pu faire plus si le taux de participation avait été plus fort.

Que pensez-vous du nouveau redécoupage ? Est-ce qu'il a répondu aux besoins démographiques de la France ?

Le redécoupage a été lancé en 2009 et était déjà dans les cartons de l'UMP en 2007. Alain Marleix est un ancien journaliste. Il a rejoint le RPR et s'est spécialisé au fur et à mesure dans les élections. C'est l'homme indispensable de Jacques Chirac avant qu'il passe dans le camp d'Édouard Balladur puis de Nicolas Sarkozy. Et il a emmené le dossier « investitures et élections ». Et ça tombe bien puisqu'on ne peut pas avoir d'élections sans investitures. Donc c'est l'homme qui crée les destins ou qui les tue. Indispensable avec le temps. Le résultat, c'est qu'il a trouvé un fief douillet pour son fils, Olivier Marleix qui est candidat dans la Loire. Le redécoupage fait par Alain Marleix a eu lieu en 2010 et je peux vous dire qu'il ne durera pas du tout.

 

Ce n'est pas une question de démographie, c'est traiter le problème de fond de la France au niveau politique. On a théoriquement un bon président de l'Assemblée nationale et un bon président du Conseil constitutionnel. Il l'a rappelé au moment du redécoupage quand il a regardé le dossier. Un député de la nation doit représenter équitablement la même population qu'un autre député de la nation. Dans le dispositif Marleix, la règle était : dans chaque circonscription, on prend la moyenne du département (le nombre de la population divisé par le nombre de députés) avec la grosse ficelle qui était comme il faut tenir compte des réalités, on prend le poids moyen et on l'équilibre avec plus ou moins 20% de population d'une circonscription à l'autre par rapport à la moyenne départementale. À partir de ce moment-là, on peut tout faire dans tous les sens. En l'espèce, Jean-Louis Debré a tapé du poing sur la table. Du coup, ça a couté quelque chose qui n'était pas du tout attendu : un siège de député à la Lozère et un siège de député à la Creuse. Tous les deux se sont retrouvés avec un seul siège alors que jusqu'à présent, il y avait deux sièges même s'il n'y avait pas du tout la population. Alain Marleix s'est fait taper sur les doigts et a donc dû descendre sa fourchette à 15% maximum. Jean-Louis Debré a insisté lourdement pour que ce soit en dessous de 10.

 

Mais la réalité, c'est que ce redécoupage a été fait en dehors de toute moralité. Ils ont essayé de reprendre l'exemple anglo-saxon : à l'ouverture de chaque session parlementaire, les données statistiques sont sur le bureau et les groupes parlementaires ont, avant de commencer leur législature, l'obligation de se réunir et de voir ce qu'il y a à rééquilibrer et de changer ce qu'il y à changer. Ce qui veut dire que tous les cinq ans, on fait des rééquilibrages, ou tous les dix ans parce qu'ils ont de la marge de manœuvre. Nous, nous trainons ce redécoupage depuis 1997 parce qu'il devait être fait depuis cette année-là. Le précédent a été fait 1986 pour qu'il soit applicable en 1988. Et résultat des courses, personne n'a voulu mettre les doigts dedans parce qu'on se dit « si je suis celui qui fait le redécoupage, j'aurai du mal à ne pas mettre les doigts dans la charcuterie », c'est-à-dire dans les affinités et les redécoupages des copains. « Donc derrière, on se fera fusiller » parce que tous ceux qui ont fait des redécoupages de cantons, se font fait ultérieurement traités de grands manipulateurs.

 

Ce qui fait que quand vous êtes l'auteur du redécoupage, vous perdez les avantages que vous avez. Alain Marleix ne s'est pas gêné, il y est allé, il a fait un redécoupage apparemment à l'anglo-saxonne. En tout cas, on voulait le faire, on a fait une commission et sélectionné des tas de gens pour cette commission sauf qu'en tout petit, il y avait écrit « consultatif ». On a fait comme d'habitude, on a consulté le Conseil d'État mais on lui a dit « vous faites des remarques sur la proposition du gouvernement mais vous n'avez pas le droit de les rendre publiques ». La commission consultative a donc fait un travail qui n'est pas mauvais sauf que dans le rapport qu'ils ont sorti, il y a quelques éléments non équilibrés. Mais comme il y avait marqué « consultatif », Alain Marleix a dit « ça je prends », « ça je ne prends pas du tout, cette circonscription était faite pour nous, on ne va pas casser ce qu'on vient de faire ». Et à la fin le Conseil constitutionnel a eu une bombe sur son bureau parce que dans la procédure, et où il fallait annuler tout le redécoupage, il ne pouvait plus toucher à telle ou telle partie. Ils ont eu la bonne idée de jouer joyeusement avec les intérêts de certains. Par exemple, au Conseil constitutionnel, il y a un homme honorable qui s'appelle Valéry Giscard d'Estaing, qui avait à juger le redécoupage électoral très subtil qui touchait un certain Louis Giscard d'Estaing.

 

Le Conseil constitutionnel a fermé les yeux et a validé le redécoupage. Donc, on n'est absolument pas dans une procédure habituelle. On a l'apparence d'une organisation de qualité. Il y a probablement de la bonne volonté mais dans la pratique, quand on regarde de près la découpe, on est malheureusement obligé de stigmatiser un certain nombre de circonscriptions qu'on appelle des circonscriptions ad hominem. Elles ont été faites pour des personnalités qui sont en place, qui sont élues et qui sont UMP. Dans d'autres endroits, il y a eu des consultations avec le Parti socialiste ou avec le Parti communiste même si c'est off et ce n'est pas de l'officiel. Dans le Bassin méditerranéen et en particulier dans l'Hérault et les circonscriptions qui concernent les stations balnéaires, que ce soit Cap d'Agde ou La Grande Motte, ce sont des découpages que l'on dit sur mesure. Et ça gâche tout parce qu'on se retrouve avec quelque chose d’inacceptable.

Il faut suivre le modèle anglo-saxon pour pérenniser le modèle ?

Le problème n'est jamais de suivre les modèles mais il faut s'inspirer du problème de fond qui est qu'on est dans des sociétés qui bougent. Il faut quelque chose de régulier. Faire ce renouvellement dont parle le Parti socialiste. Il faudrait procéder avec un collège, par exemple, d'anciens parlementaires, des gens qui n'ont plus un lien direct. On a assez de hauts fonctionnaires de qualité même s'il faut se méfier parce qu'évidemment tout cela est très politisé.

 

À partir du moment où on fait une remise en route régulière, tous les 5 ou 10 ans, les coups de barre un peu trop lourds vont disparaître parce que d'une manière consensuelle, il faut retrouver des équilibres et limiter les fautes de goût. Est-ce qu'on va vers un schéma allemand ? 50% scrutin majoritaire à deux tours, 50% proportionnelle ou est-ce qu'on va dans les 100 sur 577, c'est-à-dire quelque chose de 20% ? Pour l'instant, ce n'est pas tranché. Ces redécoupages sont vieux comme le monde, ça ne changera pas mais il faut les banaliser et donc enlever le terme de redécoupage. Il faut adapter les frontières à l'évolution logique de la population.

 

Propos recueilis par Esther Trousset

Analyses TNS Sofres

Carine Marcé
Directrice associée du dpt Stratégies d'opinion
 
Emmanuel Rivière
Directeur du dpt Stratégies d'opinion
 
Guénaëlle Gault
Directrice du dpt Stratégies d'opinion
 
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